Voyage Dordogne – Jour sept

Voyage Dordogne – Jour sept

28 février 2021 0 Par Amaury

Vendredi 28 août 2020

Elle s’est faite ressentir le soir précédent, et elle était bien là ce matin au réveil. La pluie se faisait remarquer depuis la toiture, j’étais bien content d’être au chaud sous ma couette et surtout au sec. Je n’en profitais pourtant pas davantage et me réveilla directement pour évaluer l’obstacle du jour.

Saint-Cyprien – Face à ma chambre, une représentation graphique de la commune

Peu intense, mais persistante, la pluie avait stoppé les lueurs matinales dont je m’étais pourtant habitué à contempler. Une journée grisâtre, mais pas décourageante pour autant m’attendait. Je restais tout de même au chaud le temps que la masse nuageuse se réduisait peu à peu, tout en partageant les recettes et évènements typiques d’Alsace à mes hôtes, eux qui feront de même en partageant les anecdotes de leur région.

Saint-Cyprien – Pluie si attendue durant la sécheresse d’août

Malgré les échanges riches, je m’obstinais à vouloir aller de l’avant pour vivre le plus possible ce voyage. Christian et Colette m’observeront et m’aideront à installer les équipements sur le vélo, avec un départ sous une pluie qui ne perdait pas en intensité. À l’aide de mon k-way, je roule à peu près au sec et m’enfonce à nouveau dans la campagne Périgourdine en direction de Beaumont-du-Périgord.

Par chance, aux premiers kilomètres parcourus la pluie cessa instantanément. Cela me permettait heureusement de retirer les habits étanches dans lesquels je subissais une chaleur insoutenable. L’ambiance restait tout de même morose, bien que plus agréable qu’auparavant.

Je restais durant une dizaine de kilomètres sur une partie plane, avant le début de l’ascension depuis Urval, sur une petit route menant vers les zones boisées en hauteur. Le calme s’est vite fait ressentir, une sorte de quiétude imposante. Pas de bruit, ni des voitures ni des oiseaux, une luminosité neutre dénaturant le contraste des bois et des terres aux alentours, une végétation quasi-inexistante sur un sol caillouteux et rudimentaire, un paysage monotone de futaies irrégulières mélangeant les quelques essences adaptées à ce climat. L’ambiance s’est instantanément transformée depuis la vallée de la Dordogne, on en revient à la vie locale et historique de cette région.

Cette légère monotonie pousse mon cerveau à réduire la vigilance et la conscience de mes actes. Je pratiquais ainsi une forme de méditation à pédaler continuellement avec les mêmes efforts pour franchir les courtes montées incessantes qui décriront parfaitement cette journée.

Quelques villages éveilleront cependant ma curiosité sur le chemin, mais seulement le temps de contempler les trois à cinq maisons et fermes dispersées. Les seuls être vivants croisés durant bien des kilomètres avait été des vaches, elles-même toutes aussi surprises que moi de voir de l’activité.

Beaumont-du-Périgord – Eglise fortifiée

J’arrivais à Beaumont-du-Périgord, première étape de la journée. Impressionné par son église fortifiée surplombant la vallée, je m’y dirige rapidement espérant trouver une restauration à cette heure si tardive, 14h. Et c’est bien une boulangerie qui me fera déguster les meilleurs quiches lorraines que j’ai pu apprécier jusqu’à aujourd’hui, à l’autre bout de la France ! La pluie se hâte à nouveau le temps de mon déjeuner, ne me démotivant pas pour autant. Je reprends le chemin légèrement éreinté de cette morosité planante, en croisant les quelques voitures et locaux qui me dévisagaient ne pouvant comprendre mon parcours.

Le Périgord a un lien particulier avec l’Alsace depuis la Seconde Guerre Mondiale, des jumelages se sont réalisés entre plusieurs communes des deux territoires, dont celle de mon enfance. Cette dernière est actuellement jumelée avec Molières, petite bourgade cachée en fond de vallon éloignée des grandes villes. L’Alsace à la particularité de présenter de nombreux villages faiblement dispersés, alors que le Périgord fait état de nombreuses bourgades et lieu-dits très dispersées les unes des autres.

J’en profitais également pour visiter la seconde commune jumelée, Alles-sur-Dorgogne, présentant la particularité d’être difficile d’accès à vélo, et surtout très peu enviable à Molières. Cette critique est surtout due au parcours que j’ai du prendre en sens inverse, m’obligeant à remonter une sacré colline alors que je commençais à perdre mon état physique.

Suite à ces derniers efforts de la journée, complétement usé, je débute la recherche d’un lieu de bivouac à proximité du cours d’eau de la Dordogne, secteur plat demandant peu de peines à longer. Sur les rives, il y a évidemment d’avantage d’activité et de résidents, rendant plus compliqué la tâche de s’installer dans un lieu tranquille. Les champs de maïs présents avaient tout de même l’avantage de se mettre à l’abri des regards.

Je m’installe dans un lieu ni idyllique, ni incertains, à proximité d’un des nombreux ponts ferroviaires surplombant les méandres de la Dordogne. Je constate également le changement progressif de la morphologie de ce fleuve, en m’approchant de plus en plus de son exutoire, l’estuaire de la Gironde. J’avais donc débuté la voie verte depuis Souillac au droit d’un cours d’eau faiblement profond, très caillouteux sous une eau claire et turbulente aux allures d’un torrent, alors que désormais j’aperçois une eau calme et limpide, dans un fond large et vaseux. L’activité touristique y est logiquement bien moindre ici.

Calès – lieu de bivouac

Je ne tarde pas à préparer mon repas, tout en observant curieusement une clôture électrique qui protège le champs de maïs à mes côtés. Ce type de culture est bien plus rare qu’en Alsace, les sangliers doivent ainsi raffoler de ces petites parcelles où le fourrage y est naturellement abondant. Ces espèces que l’on appelle plus communément gibier, abondent cette région faiblement impactée par l’Homme. La chasse présente alors une des activités principales des locaux, et rare de ne pas apercevoir les nombreuses huttes de chasseurs aux bords des routes.

Les nouveaux propriétaires de la ferme de mes Grand-Parents m’expliquaient aussi que la chasse s’est fortement développée avec des balises GPS sur les chiens, et que c’est à l’aide de 4×4 que les différentes équipes poursuivent leurs proies pour les bloquer et les abattre dans les grandes parcelles de forêt. D’une nécessité à un loisir noble, c’est devenu une attraction industrielle.

En attendant, je devais me protéger d’une éventuelle averse pour la nuit, bien que les nuages s’étaient bien dispersés en fin de matinée. Je sors ainsi ma tarpe et tente tant bien que mal de la fixer au dessus du hamac, c’est à ce moment que j’apprends maladroitement à réaliser des nœuds de bases pour le camping..

Le résultat n’est pas super, mais je serais un minimum protégé en cas de soudaines pluies durant la nuit.

Itinéraire du septième jour